16 juin 2026   //     Newsletter 06.2026

Les enfants en souffrance médico-psycho-sociale devraient pouvoir bénéficier de «lits MPS»

Les services de pédiatrie des hôpitaux généraux en Wallonie et à Bruxelles constatent une augmentation marquée du nombre d’enfants et d’adolescents en souffrance médico-psycho-sociale (MPS) au sein des services de pédiatrie, et ce depuis plusieurs années.

À l’Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola (Huderf), ces enfants ainsi que les enfants placés par le juge ont toujours été nombreux, comme l’indique le Pr Jean-Christophe Beghin, médecin-chef de l’Huderf – Hôpital Universitaire de Bruxelles (H.U.B.). Il convient aujourd’hui d’avoir une réflexion sur leur prise en charge.

Les enfants en souffrance médico-psycho-sociale hospitalisés sont des enfants dans des situations complexes, telles que des maladies chroniques dans un contexte psychosocial défaillant, des traumatismes physiques, psychologiques ou sexuels (fractures « infligées », syndrome du bébé secoué, abus sexuels, ...), des troubles psychosomatiques ou des troubles de développement et de comportements spécifiques pouvant aller jusqu’à la tentative de suicide.

«À l’Huderf-H.U.B, nous avons toujours eu beaucoup d’enfants en souffrance médico-psycho-sociale et des enfants placés par le juge. Ils occupent en moyenne 5 à 6 lits de nos 183 lits en continu avec des proportions variables selon les périodes de l’année. Pendant l’été, il est aussi assez classique que la demande augmente», rapporte le Pr Beghin.

Des dispositifs d’aide encore insuffisants

Pour ces enfants, les prises en charge ambulatoires classiques et les lits pédopsychiatriques (K) ne sont pas suffisants ou pas adaptés. Les services pédiatriques peuvent jouer un rôle central, à condition d’avoir suffisamment de places et de personnel dédié : «En fonction de la période de l’année, les hôpitaux ont parfois des places en suffisance pour leur offrir un accueil et une prise en charge adaptés. Mais il arrive, notamment en hiver où les pathologies des voies respiratoires viennent assaillir nos unités, que les hôpitaux soient pleins à craquer, que les attentes aux Urgences soient trop longues et que les prises en charge soient compliquées», relève le médecin-chef de l’Huderf-H.U.B.

«À l’Huderf-H.U.B., nous avons la chance d’avoir une antenne de SOS Enfants. Nous pouvons faire appel à eux pendant la semaine, mais uniquement en journée. Nous avons aussi une équipe de pédo-psychiatrie, qui est de garde 7j/7 et qui peut orienter le médecin de garde. Nos équipes, que ce soient aux urgences ou en salle, sont formées mais souvent, ces enfants sont dispersés sur plusieurs unités, ce qui empêche une prise en charge adaptée en un seul endroit», constate le pédiatre.

Vers des lits MPS ?

L’idée de créer des lits MPS a déjà été amenée à différentes reprises sur la table, et notamment par GIBBIS. Pour le Professeur Beghin, elle aurait tout son sens. «Les enfants en souffrance MPS hospitalisés à côté d’enfants souffrant d’une pneumonie n’ont pas les mêmes besoins. On peut penser qu’un enfant MPS nécessite moins de soins et de temps qu’un enfant avec une pneumonie, mais s’il se réveille la nuit, qu’il a fait un cauchemar et qu’il a besoin de réconfort, il peut prendre beaucoup de temps de l’infirmière».

«Souvent, en début d’hospitalisation des enfants MPS, on met en évidence certaines carences et certains besoins somatiques et psychologiques qui nécessitent une évaluation et une prise en charge médicale. Mais après cette période d’évaluation, si cet enfant reste hospitalisé longtemps, c’est un accompagnement au quotidien, un suivi scolaire, etc., dont il a besoin. Nous avons également le soutien des éducateurs et de l’École à l’hôpital, mais seulement en période scolaire, et pas la nuit», indique le Pr Beghin.

«Avoir des lits MPS, avec un personnel pluridisciplinaire et un financement adéquats, serait donc vraiment intéressant. Cela permettrait par exemple d’avoir un éducateur qui dort sur place. Mais cela implique de concentrer ces enfants dans une même unité, ce qui n’est pas le cas actuellement», poursuit le médecin-chef.

Manque de structures d’aval

«L’idéal serait qu’après une évaluation de courte durée (3 semaines par exemple), ces enfants en souffrance MPS soient hébergés dans une structure d’aval spécifique, qui puisse mieux répondre à leurs besoins que l’hôpital. Hélas, ces structures sont beaucoup trop peu nombreuses», insiste Jean-Christophe Beghin.

Pour les enfants placés par le juge, l’hôpital est parfois utilisé comme une solution de placement temporaire. Une telle solution n’est pas idéale, et certainement pas à long terme, comme le souligne le médecin-chef : «Pour ces enfants, en plus de structures d’aval, il serait aussi intéressant que les juges puissent disposer d’un listing afin de savoir le nombre d’enfants déjà placés dans chaque hôpital. Cela permettrait une meilleure répartition des enfants car il faut savoir que lorsque ces enfants arrivent chez nous, on nous dit que ce n’est que pour quelques jours, mais en réalité, c’est toujours au minimum pour 3-4 semaines, et parfois, c’est pour des mois, voire des années quand il y a des pathologies associées.»

«Bien sûr, l’hôpital n’est pas la solution de placement idéale car ce n’est pas le meilleur endroit pour ces enfants placés par le juge, même si nous essayons de les stimuler au mieux. Nous ne serons jamais une famille.  Par ailleurs, cette situation est aussi compliquée à gérer pour les équipes qui ont la frustration de ne pas pouvoir leur offrir une prise en charge adéquate», ajoute le pédiatre.

Une fois le rôle essentiel de l’hôpital accompli, à savoir celui de poser un bilan et d’identifier une orientation thérapeutique et opérationnelle pour les enfants en souffrance MPS, qu’ils soient placés ou non, il est indispensable que leur prise en charge puisse se poursuivre en dehors du cadre hospitalier. Si l’hôpital demeure un maillon clé, il ne peut répondre seul à l’ensemble des besoins. D’une part, l’attribution de « lits MPS » permettrait de garantir une évaluation optimale dans des conditions adaptées et dans un temps défini. Et d’autre part, il est urgent de renforcer les solutions en aval en augmentant le nombre de structures dédiées, tant pour ces enfants que pour ceux placés par le juge.

 

Pour un trajet d’aide et de soins intégrés

Au-delà de la création de lits MPS dans les hôpitaux, GIBBIS plaide, aux côtés des fédérations hospitalières UNESSA et Santhea, pour le développement d’un véritable trajet d’aide et de soins intégrés.

Un tel dispositif devrait s’articuler autour de plusieurs principes clés :

  • Des alternatives ambulatoires suffisantes
    Lorsque l’hospitalisation n’est pas indiquée, des solutions doivent être accessibles et renforcées : prise en charge par les équipes PEPS ONE, accompagnement ambulatoire via SOS Enfants, intervention des SAJ, etc.
  • Une hospitalisation courte mais intensive lorsque nécessaire
    Limitée idéalement à 3 à 4 semaines, elle doit s’appuyer sur :
  • une évaluation rigoureuse en amont ;
  • une orientation thérapeutique réaliste et opérationnelle en aval ;
  • une collaboration étroite avec les acteurs extrahospitaliers.

Plusieurs orientations peuvent être envisagées, en fonction des besoins de l’enfant. Par exemple un retour à domicile avec un accompagnement psycho-socio-éducatif, un transfert vers un centre de rééducation (notamment en cas de lésions cérébrales sévères), ou encore un placement en famille d’accueil ou en institution, etc.

Un encadrement dédié aux lits MPS

Afin d’assurer une prise en charge hospitalière adéquate et cohérente avec le réseau, la mise en place d’équipes spécifiquement dédiées aux lits MPS est essentielle.

Pour chaque unité de référence (8 lits), GIBBIS propose un encadrement structuré comprenant :

  • 0,5 ETP coordinateur ;
  • 0,5 ETP psychologue référent clinique ;
  • 3,5 ETP éducateurs spécialisés ;
  • 1 ETP psychosocial (0,5 psychologue et 0,5 assistant social) ;
  • 0,5 ETP médecin.
  • Des structures d’accueil en nombre suffisant
    Le développement de solutions en aval est indispensable pour garantir une prise en charge adaptée et éviter des hospitalisations prolongées inappropriées.