
Équivalences et reconnaissance de diplômes : à quand une simplification pour les hôpitaux et les soignants ?
Ces derniers temps, la problématique des nombreux demandeurs d’emploi bruxellois dans le domaine de la santé en attente d’une reconnaissance de leur diplôme a fait l’objet de plusieurs questions parlementaires.
C’est aussi l’un des 25 points du Plan d’attractivité porté par GIBBIS. En effet, la reconnaissance des diplômes étrangers en santé est un levier crucial pour lutter contre la pénurie de personnel soignant. Rencontre avec Arnaud Kamp, Directeur des Ressources humaines aux Cliniques de l’Europe, et Alexandra Coppieters, chargée de mission attractivité des métiers du soin chez GIBBIS.
«Il s’agit de personnes à la recherche d’un emploi, qui sont diplômées ou qui ont de l’expérience dans le domaine de la santé et que l’on pourrait activer. Ce sont des personnes qui sont donc ‘en salle d’attente’ avant de pouvoir commencer ou reprendre une carrière dans les soins alors que nos institutions de soins ont tant besoin de soignants», pose d’emblée Alexandra Coppieters.
Deux systèmes différents
L’un des problèmes est la co-existence de deux systèmes pour les diplômes hors UE: le système francophone avec la Fédération Wallonie-Bruxelles et le système néerlandophone avec NARIC-Vlaanderen. «Du côté francophone, il y a deux portes d’entrée : on peut faire reconnaître un diplôme obtenu via l’enseignement secondaire (par ex. les aides-soignants) auprès d’une instance et les diplômes obtenus via l’enseignement supérieur (par exemple les infirmiers) auprès d’une autre instance», explique Alexandra Coppieters.
«Il faut savoir qu’un dossier remis auprès de la mauvaise instance sera invalide. Pour des personnes issues de pays étrangers, cette distinction n’est pas toujours évidente. Du côté néerlandophone, il y a une seule porte d’entrée, ce qui rend le système plus flexible. Par exemple, s’il manque des heures de stage à quelqu’un pour devenir infirmier, il peut déjà se faire reconnaître comme aide-soignant pendant ce temps, et donc déjà commencer à travailler. Du côté francophone, cette flexibilité n’existerait pas. Le dossier rentré pour un infirmier ne peut pas devenir un dossier aide-soignant. Il faut entamer une nouvelle procédure de reconnaissance », poursuit la conseillère de GIBBIS.
«GIBBIS déplore d’une part les différences entre les deux systèmes, et plaide surtout pour que la priorité soit donnée aux procédures liées aux reconnaissances de diplômes liées aux métiers de la santé avant tout autre secteur», ajoute-t-elle encore.
Un problème de plus en plus criant
Arnaud Kamp, DRH aux Cliniques de l’Europe, connaît bien cette problématique. «Un demandeur d’emploi qui a été formé dans un autre pays de l’Union européenne, ou même en dehors de l’UE, doit réaliser une démarche d’équivalence du diplôme. Cette première étape a toujours été longue, mais est entre-temps vraiment devenue un chemin de croix. En outre, il faut que cette personne ait été formée dans un pays où le nombre d’années d’études est au moins équivalent au nombre d’années d’études en Belgique et que le niveau de l’école ou de l’université soit suffisant. Et enfin, la procédure impose désormais aux candidats en mobilité internationale d’atteindre un niveau linguistique très élevé dans l’une des langues nationales avant la finalisation de l’équivalence de leur diplôme, alors même qu’ils vivent encore à l’étranger. Auparavant, ce niveau pouvait être progressivement renforcé grâce à l’immersion professionnelle sur le terrain.»
Et ce n’est pas la seule difficulté, comme en témoigne le DRH : «La seule étape qui est relativement simple, c’est d’obtenir le VISA de soignant. Le SPF Santé publique est assez réactif. Le problème, c’est que pour obtenir un permis de travail, il faut beaucoup de temps. En outre, il faut aussi un contrat de travail. En pratique, cela signifie que nous sommes contraints de signer des promesses d’engagement parfois un an et demi avant que la personne n’arrive vraiment concrètement dans notre hôpital. Les pays qui sont plus rapides que nous captent alors une partie de ces chercheurs d’emploi.»
«Avec GIBBIS, nous avons déjà interpellé et rencontré différents ministres et parlementaires. Le sujet vit au sein des Cabinets, c’est une certitude. Cela dit, il s’agit de plusieurs compétences (enseignement et emploi) et de plusieurs entités fédérées, d’où la complexité. Il est évident qu’il faut des balises et des contrôles pour permettre à des professionnels munis de diplômes obtenus à l’étranger d’exercer l’art infirmier, mais il faut également rester cohérent et ne pas rendre les démarches plus complexes que nécessaire. Nous sommes convaincus qu’il serait possible de faire avancer les reconnaissances de diplômes plus rapidement, mais il faut une volonté politique pour le faire. Il devient urgent que des solutions concrètes soient trouvées. Nous sommes prêts à contribuer aux solutions», conclut Alexandra Coppieters.
Quelques pistes proposées par GIBBIS :
- Une priorisation systématique et durable de reconnaissance de diplômes liés aux professions de santé, avec une attention particulière aux candidats résidant en Belgique ;
- Une application plus flexible des reconnaissances spécifiques afin que des reconnaissances alternatives puissent être accordées lorsque l'équivalence complète n'est pas possible (ex : reconnaissance en tant qu'aide-soignant) ;
- L’attribution d’une reconnaissance conditionnelle lorsqu’une reconnaissance spécifique complète n'est pas encore possible, associée à la possibilité de réaliser efficacement les composantes manquantes de formation de manière modulaire ;
- La mise en place de points de contact clairs entre les services d'accréditation et les établissements de santé qui guident activement les candidats ;
- L’instauration de tests pratiques permettant d’évaluer les capacités techniques des candidats ;
- Le développement d'une base de données consultable et partagée de précédents pour les demandes de reconnaissance dans le secteur de la santé auprès des services d'accréditation ;
- Une simplification de la formulation des décisions de reconnaissance et une automatisation des étapes administratives de suivi après la reconnaissance du diplôme, avec une meilleure coordination entre les différentes autorités compétentes.
