16 juin 2026   //     Newsletter 06.2026

Une vision à long terme pour nos seniors: une nécessité pour rencontrer leurs besoins

Les besoins et les souhaits des aînés sont en train de changer, comme le montre d’ailleurs le Baromètre de la Fondation Roi Baudouin1.

Pour rencontrer ces besoins, de nouvelles formes d’habitat sont indispensables. Même si elles sont encore trop peu nombreuses, des évolutions positives se dessinent néanmoins, comme le rapportent Kelly Mertens, Coordinatrice Institutions pour Aînés et Soins innovants chez GIBBIS, et Bénédicte Gombault, coordinatrice de projets à la Fondation Roi Baudouin.

Bénédicte Gombault s’intéresse depuis plus de vingt ans au secteur de l’habitat pour les aînés et peut témoigner du fait que leurs besoins ont bien changé. «Ce que nous constatons, c’est que l’autonomie et l’aspect relationnel sont de plus en plus importants. D’ailleurs, quand nous demandons à des personnes qui travaillent en maison de repos ce qu’elles estimeraient important si elles devaient y devenir des habitants, elles répondent aussi qu’elles aimeraient pouvoir décider la façon dont elles y vivent, la façon dont leur journée est organisée, etc. Et je pense que cette tendance va encore se renforcer».

Peu de solutions entre le domicile et la maison de repos

Pour l’instant, force est de constater qu’il existe peu d’alternatives entre le domicile et la maison de repos. «Pour certaines personnes, la maison de repos est l’option idéale, mais à condition que l’autonomie et l’ouverture vers le quartier soient présentes. Toutefois, il manque des solutions intermédiaires. Récemment, le Vlaamse Ouderenraad a publié un avis à ce sujet : l’alternative est une forme d’habitat collectif, tout en veillant à l’accessibilité financière. En fait, idéalement, les gens devraient pouvoir choisir, en ayant réfléchi à ce qu’ils souhaiteraient lorsqu’ils ne pourront plus vivre seuls chez eux», rapporte Bénédicte Gombault.

Et c’est aussi la vision de GIBBIS : «Nous sommes convaincus que tout comme les maisons de repos peuvent être une bonne option pour certains, les soins à domicile peuvent être une bonne option pour d’autres mais ils ne sont pas une solution, ou du moins une solution à long terme, pour toutes et tous. D’une part, il y a une pénurie de soignants. D’autre part, tous les habitats ne sont pas adaptés aux besoins des gens. Il faut une offre diversifiée pour répondre à la diversité des besoins », relève Kelly Mertens.

Trop peu d’incitants

«Hélas, il existe relativement peu de formes d’habitats intermédiaires, même si certains de nos membres sont en train d’en développer», enchaîne la coordinatrice Institutions pour Aînés et Soins innovants de GIBBIS. «Prenons l’exemple de Nazareth qui propose également une résidence-service sur son site ou de Malibran qui a aussi un centre de soins de jour et une habitation pour aînés. Cette évolution est donc en cours, mais dans le financement et la réglementation actuels, il existe encore trop peu d’incitants pour faire évoluer les choses».

De nouveaux projets tels que ViceVersa destiné à des personnes atteintes de démence fonctionnent sur base de subsides facultatifs. «C’est très incertain. Il faudrait que les financements évoluent de façon à ce que cela devienne attrayant d’innover avec de nouvelles formes d’habitat», commente Kelly Mertens. «C’est la raison pour laquelle la Fondation Roi Baudouin a soutenu ce projet ViceVersa. Iriscare leur a octroyé des subsides facultatifs. C’est déjà bien. Mais cela ne suffit pas», ajoute Bénédicte Gombault.

Recherche de sens pour le personnel

L’un des problèmes criants dans le secteur est la pénurie de personnel soignant. Pour Bénédicte Gombault, tout comme pour Kelly Mertens, il est urgent de se demander comment retrouver du sens dans des professions si essentielles.

«Les gens qui ont choisi un métier du soin parce qu’il a du sens ne retrouvent plus ce pour quoi ils l’ont choisi en raison des nombreuses réglementations dans le secteur et des nombreuses tâches obligatoires (ex.: les charges administratives). Ils ont le sentiment qu’ils n’ont plus suffisamment de temps pour les tâches pour lesquelles ils avaient choisi leur profession», pointe Kelly Mertens.

«Il existe des maisons de repos qui parviennent à créer une atmosphère où les résidents se sentent comme chez eux et où l’autonomie est centrale. Par contre, quand tout est cadré, on perd de la spontanéité et du sens», enchaîne la coordinatrice de projets de la Fondation Roi Baudouin. «Récemment, une directrice de maison de repos me racontait que dans son institution, à l’heure des repas, les ‘métiers’ n’existent plus. Ils mettent l’accent sur le relationnel pour que le repas soit un bon moment. C’est bien quand c’est possible, mais ce n’est pas toujours le cas. Prenons l’exemple d’un résident à risque de fausse route lorsqu’il mange. Il doit être aidé par un infirmier.

Une nouvelle culture

Irisare a le souhait d’adapter les réglementations relatives aux contrôles et à l’accompagnement. Mais c’est une nouvelle culture à laquelle tout le monde doit s’habituer.

 «En tout cas, la maison de repos vue comme une île doit disparaître à l’avenir.  Ce n’est plus ce que veulent les habitants ni les professionnels de la santé. Et si l’on regarde le terrain, on se rend compte que beaucoup de mesures en ce sens ont déjà été prises. Un certain nombre de maisons de repos ont déjà des collaborations avec des associations du quartier. L’un de nos membres, la Résidence Notre Dame de Stockel, a par exemple créé une école des devoirs. Ainsi, les habitants peuvent se rendre utiles. Il s’agit d’un exemple qui est valorisé lors d’inspections », indique Kelly Mertens.

Plaidoyer pour une vision à long terme

«A Bruxelles, le problème est qu’il n’existe pas de vision à long terme sur le vieillissement. Les soutiens accordés par la Fondation Roi Baudouin peuvent être une amorce au changement mais ceux-ci doivent pouvoir s’ancrer durablement. D’où notre appel à développer une vision générale sur le vieillissement, mais aussi de manière plus précise sur le soutien et les soins aux aînés. Le secteur est en train d’évoluer, mais il a besoin de directives et de moyens financiers pour poursuivre dans cette voie», affirme la coordinatrice de GIBBIS.

Et Kelly Mertens de conclure : «Dans les discussions budgétaires en cours avec Iriscare, nous avons encore rappelé que nous ne pouvons utiliser les budgets de manière efficiente que si nous savons clairement vers où nous allons. Pour ce faire, nous avons besoin d’une vision qui va plus loin que la législature en cours, car les Bruxellois, eux aussi, vieillissent. Le pourcentage de citoyens de plus de 60 ans et certainement de plus de 80 ans est en train de croître, avec la difficulté supplémentaire que de nombreux Bruxellois vivent seuls, ce qui est une donnée à prendre en compte en termes de coûts mais aussi d’absence d’aide directe pour continuer à vivre chez soi.»

1. https://kbs-frb.be/fr/choix-de-vie-des-plus-60-ans-0