
Durabilité en milieu hospitalier : les Hôpitaux Iris Sud passent à la vitesse supérieure
Ces dernières années, on a pu observer une prise de conscience croissante des acteurs des soins de santé de leur rôle à jouer dans la décarbonation. En effet, on sait aujourd’hui que le secteur des soins de santé est responsable de 5% en Belgique et de 4,4% dans le monde des émissions de gaz à effet de serre. Au niveau de la Région de Bruxelles-Capitale, les Hôpitaux Iris Sud ont été les premiers hôpitaux publics à publier leur stratégie climat 2025-2030, comme nous l’explique Reza Esmaeilzadeh, expertÉnergie et Développement Durable des Hôpitaux Iris Sud.
"Cela fait de nombreuses années que nous mettons en place des actions en faveur de l’environnement, mais nous n’avions pas de feuille de route précise et mesurable. L’an dernier, nous sommes passés à la vitesse supérieure. Nous avons lancé un plan intitulé ‘Stratégie climat 2025-2030’", rapporte Reza Esmaeilzadeh.
Bilan carbone
La première démarche réalisée par l’institution dans le cadre de ce plan a été de réaliser son bilan carbone, c’est-à-dire mesurer ses émissions de gaz à effet de serre liées à l’ensemble de ses activités, en les segmentant en trois scopes :
- le scope 1 concernant toutes les émissions directes de gaz à effet de serre émises par l’hôpital, comme la combustion de gaz/carburant sur site;
- le scope 2 regroupant les émissions indirectes de l’institution liées à l’énergie (électricité);
- le scope 3 comportant les autres émissions indirectes de l’hôpital (mobilité, médicaments, …).
"Nous nous sommes concentrés sur les trois postes qui représentaient 74% des émissions totales du HIS, à savoir les achats médicaux (38%), les déplacements (19%) et l’énergie (17%). Suite à des réunions de brainstorming et des ateliers en interne mais aussi à la consultation d’experts externes (nationaux et internationaux), nous avons établi un plan d’action pragmatique axé sur les trois domaines précités", détaille Reza Esmaeilzadeh.
Des objectifs réalistes
Le HIS a ainsi établi une feuille de route 2025-2030. "Pour suivre l’ensemble des actions de cette feuille de route, nous avons mis sur pied un comité de pilotage. Pour la thématique des soins de santé, nous nous sommes fixés l’objectif de réduire nos émissions de 2,5% d’ici à 2030. Pour le domaine de la mobilité, l’objectif est identique. Et enfin, pour l’énergie, nous visons une réduction de 5%", précise l’expert Énergie HIS.
L’institution part de 34.000 tonnes d’émissions de gaz à effet de serre en 2023 et s’est donné pour objectif d’atteindre 33.243 tonnes par an d’ici à 2030.
"Nos objectifs ne sont pas extrêmement ambitieux, mais ils sont réalistes en tenant en compte de nos moyens et c’est l’essentiel", souligne Reza Esmaeilzadeh. "En fait, on se rend compte qu’on est dépendant de nombreux facteurs extérieurs (ex : achats médicaux aux quatre coins du monde). Notre marche de manœuvre est donc d’une certaine façon limitée. D’ailleurs, si l’on regarde chez nos voisins français aux Hôpitaux de Paris, on observe qu’ils ont rencontré des difficultés pour atteindre l’objectif de 2% par an. Leur réduction des gaz à effet de serre n’a été que de 1%. Nous préférons donc y aller petit à petit et dans cinq ans, nous réévaluerons les objectifs qu’il y a lieu de nous fixer".
Ajoutons que ce Plan climat du HIS s’appuie sur les recommandations du GHG Protocol et du Science Based Targets Initiative (SBTi) et répond tout à fait aux normes sur base volontaire de la Région de Bruxelles-Capitale, à savoir la norme relative à la durabilité et à la résilience publiée en 2023.
Des initiatives concrètes
Au niveau des activités liées aux soins, toute une série d’initiatives très concrètes ont été déjà prises comme la création des Éco-Teams dans les blocs opératoires, la substitution de certains gaz anesthésiques, l’utilisation de laryngoscopes réutilisables dans les quartiers opératoires au lieu du modèle jetable, l’optimisation de la gestion des poubelles et du tri des déchets et la sensibilisation au gaspillage des dispositifs médicaux.
Le plan d’action 2025-2030 prévoit d’autres actions telles que le choix porté sur le réutilisable plutôt que sur l’usage unique, la prescription raisonnée de médicaments et d’imagerie, l’administration des médicaments par voie orale plutôt que par voie intraveineuse ou intramusculaire, l’instauration de critères environnementaux dans les marchés publics, la gestion durable des stocks, ou encore la sensibilisation du personnel médical et paramédical à ces enjeux.
Parmi les initiatives déjà prises au niveau énergétique, on peut citer, par exemple, l’installation de panneaux photovoltaïques qui a permis de couvrir les besoins de l’institution en électricité de 10%, ce qui correspond à un montant non négligeable de plus 1 million d’euros économisé sur 5 ans. Un autre exemple est la comptabilité énergétique avec l’installation environ 130 compteurs énergétiques sur l’ensemble des quatre sites qui permet de valider les objectifs d’économie énergie 120 K€/an dans le cadre du CPE (Contrat Performance Énergétique).
Le coup de pouce du groupe de travail "Durabilité" de GIBBIS
Enfin, ajoutons que GIBBIS a également pris ses responsabilités dans ce dossier. Suite à l’arrêt des subventions octroyées par la Région de Bruxelles-Capitale à l’ONG Health Care Without Harm (HCWH) pour accompagner les hôpitaux dans leurs démarches environnementales, GIBBIS a décidé de créer un groupe de travail "Durabilité". "Nous nous réunissons tous les trois mois pour discuter des actions que nous menons et échanger de bonnes pratiques. Il s’agit d’un véritable moteur pour les institutions hospitalières. Nous attendons beaucoup de ce groupe de travail et espérons avoir également le soutien de la Région de Bruxelles-Capitale (Vivalis et Bruxelles Environnement), malgré le contexte politique actuel », conclut Reza Esmaeilzadeh.
Les hôpitaux bruxellois s’engagent pour des achats plus durables
Comme le rappelle Reza Esmaeilzadeh dans l’entretien ci-contre, les achats hospitaliers constituent un levier important pour réduire l’empreinte carbone des hôpitaux. Face à ce défi, les hôpitaux bruxellois reconnaissent leur rôle essentiel en tant que moteurs du changement et appellent les fournisseurs à davantage de transparence et de partage d’informations clé sur les impacts environnementaux et sociaux de leurs produits.
C’est ce qu’ils ont fait en signant une Déclaration commune pour des achats plus durables dans les hôpitaux (consultable ici).
En signant cette déclaration, les hôpitaux bruxellois envoient un message clair au marché : les critères de durabilité seront de plus en plus déterminants dans les futurs achats hospitaliers.